REPARATION - RESTITUTION - CELEBRATION

15 Août 2003


Haiti needs reparations, not sanctions

Conditions Générales

 

Concours National de sensibilisation sur le thème de la ´Restitution ª

 

Titre : Concours 1 : Musiques

Concours 2 : Arts Plastiques (peintures, sculptures)

Concours 3 : Littérature (nouvelles, poésies et essais)

 

Durée : Deux (2) mois

 

Justification : Avril 2003 ramenait l’anniversaire d’un événement historique majeur pour Haïti et pour le monde entier en général. Il s’agissait du Bicentenaire de la mort de Toussaint Louverture, Précurseur de l’Indépendance de notre pays. Dans ce contexte, le Président de la République, son Excellence Monsieur Jean Bertrand ARISTIDE, en a profité, dans le cadre de son discours solennel, pour demander à la France qu’elle restitue ´ la dette de l’Indépendance ª payée arbitrairement par notre pays sous leGouvernement de Boyer.

Dans l’idée de sensibiliser les jeunes en général et les artistes en particulier (toutes disciplines confondues), le Président a lancé personnellement (le 3 juillet dernier) à l’Aéroport International un concours d’oeuvres artistiques et littéraires invitant ainsi les artistes haïtiens à s’impliquer dans la démarche de Restitution par le biais de leur créativité.

 

La tradition orale étant très forte chez nous, la chanson constitue un moyen efficace pour véhiculer de telles idées. Par ailleurs, vu notre tradition de pays riche au point de vue des arts plastiques et surtout dans la perspective de monter la grande collection du Musée de la Restitution (à fonder), les plasticiens sont particulièrement invités à prendre part à ce grand concours national.

 

Pour finir, les jeunes écrivains participeront aussi à ce concours important à travers les catégories nouvelles et poésies.

Bénéficiaires : Musiciens, auteurs-compositeurs, interprètes, paroliers.

Ecrivains, poètes, nouvellistes, essayistes

Plasticiens, peintres, sculpteurs

Description : Le concours sur le thème de la Restitution se déroulera à l’échelle nationale. Il sera ouvert à de jeunes artistes. Les oeuvres

seront primées de 1 à 10 parmi les meilleures. D’autres oeuvres pourraient être retenues pour leurs qualités spéciales. Les chansons seront diffusées à travers les médias de la capitale et des villes de province. L’ensemble de la production artistique et littéraire concernant les trois (3) catégories retenues formera la grande collection du Musée de la Restitution qui aura une vocation multiculturelle ou polyvalente.

 

Objectifs : - Sensibiliser les artistes sur l’identité haïtienne en général et sur un phénomène de l’histoire nationale (la dette de l’Indépendance).

- Permettre l’éclosion de jeunes talents.

- Constituer la grande collection du Musée de la Restitution à fonder.

- Créer une certaine dynamique dans les milieux sociaux artistiques du pays autour de la célébration de 2004.

 

Mode de Gestion : - Projet géré / coordonné par le Ministère de la Culture et de la Communication.

- la collaboration de la Secrétairerie d’Etat à la Communication est requise dans le cadre de la promotion indispensable à donner à cet événement

- le Ministère des Haïtiens Vivant à l’Etranger, dans la perspective de l’implication des artistes haïtiens évoluant en terre étrangère, sera aussi un partenaire

- les Délégations Départementales auront un rôle majeur à jouer dans le cadre de la décentralisation de ce concours national important

- Trois jurys techniques (littéraire, musical, plastique) seront constitués par les différentes catégories respectives en vue de décider des meilleures oeuvres.

Date de lancement : 4 juillet 2003

Date limite pour la remise des oeuvres : mercredi 3 septembre 2003

Remise des Prix : Dimanche 5 octobre 2003

Résultats : - Dynamisme de la vie culturelle.

- Regain de confiance chez l’haïtien sur ses potentialités.
- Contribution à la création du Musée de la Restitution.
- Incidences positives sur la Commémoration de 2004.

 

Pour Informations:

 

17 juin 2003

 

La République dominicaine favorable

Le mardi 17 juin, l'ambassadeur dominicain en Haïti, Despradel Cabral, déclare que son gouvernement serait favorable à l'aboutissement des démarches entreprises par les autorités haïtiennes en faveur de la restitution de la dette de l'Indépendance évaluée aujourd'hui à 21,7 milliards de dollars.

« Je suis pour la restitution, car elle sera favorable à la République dominicaine. Si on paie en dollars à Haïti, on doit donner une partie à la République dominicaine», a renchéri le diplomate qui a rappelé que sous le gouvernement de Jean-Pierre Boyer (1825), son pays avait été occupé par Haïti.

Il a affirmé que la misère du peuple haïtien est en partie due au colonialisme et de ce fait il doit obtenir ce qu'il réclame du gouvernement français. Toutefois, il a souligné que les acteurs politiques haïtiens sont les principaux responsables de la crise.

Des descendants de colons aussi

En France, des descendants de colons ont aussi apporté leur soutien à la démarche haïtienne et souhaitent pour certains se mobiliser aux côtés des haïtiens pour la restitution.Ces personnes justifient leur prise de position par le fait que leurs ancêtres n'avaient pas bénéficié de la rançon payée par Haïti. (D'autres informations suivront)

U.S. Media

Miami Herald, Posted on Sun, Jun. 15, 2003 Haitians demand France pay $21 billion restitution By CAROL J. WILLIAMS - Los Angeles Times Service

France owes Haiti exactly $21,685,135,571.48, the government figures -- not counting interest, penalties or consideration of the suffering and indignity inflicted by slavery and colonization.

Paris swiftly rejected the demand for restitution when Haiti raised the issue in April, on the 200th anniversary of the death of Toussaint L'Ouverture. A revered figure here, L'Ouverture led fellow slaves to throw off their French colonial oppressors.

Haiti is making a bicentennial spectacle of refusing to take no for an answer. In one of the most colorful campaigns to galvanize Haitians in years, the country is awash in banners, bumper stickers, television ads and radio broadcasts demanding payback.

And anyone reading newspapers aligned with President Jean- Bertrand Aristide's government, or listening to state- sponsored broadcasts, would think a check for the staggering sum was all but in the mail.

Some inside Aristide's circle say the campaign will continue.

''It's serious, and it's going to intensify,'' says Michelle Karshan, a foreign media liaison for Aristide. ``It's not something Haiti came up with by itself. It came up in the context of the summit on race in South Africa. The French leadership itself has acknowledged that slavery was a crime against humanity.''

Port-au-Prince originally raised its claim on April 7, 200 years after revolutionary hero L'Ouverture died a captive in a French prison. Seven months later, Haitian slaves defeated French forces and proclaimed the world's first independent black republic in November 1803.

France recognized Haiti's statehood 35 years later, after the country began paying 90 million francs in gold to compensate French landowners driven out by the revolution.

French Foreign Minister Dominique de Villepin replied to the April appeal with the observation that Paris and the rest of the 15-nation European Union have given Haiti more than $2 billion in aid in recent years. The French contend that Haiti's biggest problems are rooted in the present, not the past.

Undeterred, Haitian Foreign Minister Joseph Philippe Antonio told Radio Solidarity in a recent interview that the French are showing ''a certain embarrassment'' in deflecting the restitution claim with reference to aid projects.

 

LE SCANDALE DE LA "DETTE DE L'INDEPENDANCE
par Gérard Bissainthe

J'invite les lecteurs à comparer deux points de vue illustrés par deux textes que je cite ci-dessous: celui de l'article No 1 paru dans le Nouvelliste de Port-au-Prince et celui de l'article No 2 d'un Français pourtant dit "de droite". dont la conscience est déchirée par j'injustice de ce que les plus hautes instances françaises ont toujours accepté d'appeler "la Dette de l'Indépendance" et que pour des raisons de commodité nous appellerons ici tout simplement "la Dette".

Avant cette lecture je propose quelques réflexions qui me paraissent essentielles:

1. Tout d'abord il nous faut souligner fortement que le président Aristide, en tant que chef actuel de l'Etat haïtien, a parfaitement le droit de réclamer le remboursement de la Dette. Je rejoins cependant l'Ambassade de France qui a mis du temps pour y arriver mais qui estime aujourd'hui que le chef de l'Etai haïtien manque pour le faire totalement de crédit moral.

2. Il faut aussi remarquer que le Quai d'Orsay dans une réponse (voir article 3) directe assez récente aux réclamations du gouvernement haïtien n'a aucunement nié alors qu'il aurait pu, l'obligation pour la France de rembourser la Dette.

3. Je me rappelle qu'un de mes amis, je lui laisserai le soin de dévoiler son nom, en visite en ce mène Quai d'Orsay (Ministère des Affaires Etrangères à Paris) dans les années 60, avait reçu en substance d'un porte-parole autorisé de l'Etat français cette réponse, lorsqu'il demandait une "aide technique" pour renverser François Duvalier: "Nous vous aiderons, parce que nous devons cela à votre pays. Ce sera pour nous une manière de rembourser la Dette de l'Indépendance". Le Quai d'Orsav reconnaissait alors formellement, quoique officieusement, la nécessité au moins morale de rembourser la Dette.

4. Récemment Madame Taubira, Députée de la Guyane. candidate au poste de Président de la République Française aux dernières élections~ a ouvertement demandé urbi et orbi que la France rembourse à Haïti la Dette de l'indépendance. Pas un des législateurs français ne lui a répliqué que sa demande était sans fondement.

5. Evidemment Haïti n'a pas payé à l'entité juridique qui s'appelle l'Etat français les sommes qui ont été réclamées pour dédommager les colons français. Mais il n'empêche que c'est l'Etat français qui a exigé, c'est l'Etat français qui a fait pression, ce sont les agents de l'Etat français qui ont perçu les sommes. L'Etat a été l'agence de recouvrement (ce qu'on appelle aux Etats-Unis la «collection agency» Ce qui veut dire que l'Etat français a été au moins complice dans cette mauvaise action.

6. Car mauvaise action il y avait. Venir réclamer à d'anciens esclaves et à leurs descendants un dédommagement après une exploitation cruelle qui avait duré des siècles, relevait de l'arrogance et de la méchanceté les plus sidérantes. Si les choses étaient faites EQUITABLEMENT, il aurait fallu dès cette époque mettre en balance les préjudices encourus par les colons et les torts subis par les esclaves, et voir où penchait la balance pour savoir qui devait à qui. Il est douteux que la balance ait alors penché en faveur des colons qui avaient retiré de la colonie de Saint-Domingue quatre cent millions de francs or par an, pendant de longues décennies, sans que les esclaves aient jamais vu l'ombre de la couleur de ce pactole. En estimant, par exemple, même simplement au quart de ces sommes la valeur de la main- d'oeuvre des esclaves, on arrive à des montants pharamineux qu'il faudrait payer aujourd'hui avec des intérêts aux descendants des esclaves. L'auteur de l'article No 1 y fait -allusion. mais dans son texte cette considération intervient comme une sorte de manoeuvre de diversion, voire comme une démonstration par l'absurde, puisqu'il paraît clair que l'Etat français ne manquerait pas en l'occurrence de se déclarer insolvable ou invoquerait la prescription.

7 La comparaison avec les Etats-Unis en face de l'Angleterre ou avec la République dominicaine en face d'Haïti est un argument des plus spécieux. Il était question dans ces autres cas du sort d'hommes considérés comme des hommes en face d'autres hommes considérés comme des hommes et non pas d'hommes considérés comme des hommes en face d'autres hommes considérés et traités comme des bêtes. Il faudrait tout de même qu'il soit bien entendu que l'esclave qui se libère n'a rien à rembourser à son ancien maître et que lorsqu'il occupe pour survivre le domaine de son ancien maître qui avait préalablement refusé de le partager avec lui (c'est ce que Toussaint avait tenté et que Napoléon avait refusé), son occupation du domaine est tout ce qu'il y a de plus légitime au nom même du droit à la vie ou à la simple survie. Parler j de remboursement ce serait comme décréter, par exemple, que les anciens locataires du Fort Dimanche devraient payer à l'Etat le montant des loyers accumulés pendant leur séjour,

8. Invoquer aujourd'hui contre les descendants des esclaves les conventions internationales de l'époque qui justifiaient l'exploitation, la colonisation et l'esclavage, conventions qui avaient été établies unilatéralement, évidemment sans l'accord des victimes, c'est comme invoquer aujourd'hui la loi du «milieu» pour justifier les rapines et les méfaits de la «mafia».

9. Le clou de l'article 1 est le passage: «Si la France nous prend au mot, ne peut-elle pas après, à son tour, se sentir en droit de réclamer la restitution des terres, de tout notre territoire, au nom des descendants des fermiers dépossédés, de nous remettre à nouveau en état de colonie, nous transformer en Département ou Territoire d'Outre-Mer (DOMTOM), et demander à ceux qui ne le désirent pas, de retourner chez leurs ancêtres en Afrique, avec le pognon?» Rien que ça! Devons-nous lire dans ce passage de l'auteur qui parait s'être renseigné à bonne source, l'intention de la France de lancer bientôt sa propre guerre du Golfe (de la Gonâve cette fois-ci, mais chacun fait ce qu'il peut) pour montrer aux Haïtiens comme aussi aux Américains qu'eux aussi ont des griffes et des dents?

10. Il faut comprendre que par delà les considérations purement juridiques ou casuistiques, il existe un point de vue moral, dans le grand sens du mot. Après tout, des Français ont bâti des fortunes immenses sur le sang des esclaves de Saint-Domingue, ont exigé qu'après notre guerre d'indépendance nous continuions à nous saigner pour leur envoyer de l'argent, nous privant de ressources qui nous étaient alors indispensables pour avancer (alors que, par exemple, après la dernière guerre mondiale un plan Marshall a investi des fonds considérables même dans une Allemagne vaincue). Si cela n'était pas sale, en ne voit pas bien ce qui est sale. Si cela ne réclame pas réparations on ne voit pas bien ce qui peut réclamer réparations dans le monde. La France est très mal placée après pour venir nous parler d'assistance à «notre détresse» qui est une charité en général mal conçue et bien souvent d'une époustouflante hypocrisie. Monsieur l'Ambassadeur de France, nous avons besoin de justice et non de charité et surtout pas de pitié.

11. Il est bruit que la France se propose de nous aider à fêter le bicentenaire de l'Indépendance. Si les Français n'ont pas perdu un sens du ridicule qu'ils ont toujours eu dans toute leur histoire, ils devraient se dire qu'il ne sied pas trop qu'un flibustier même repenti se mêle de fêter l'anniversaire de la libération d'une fille qu'il avait tenue en otage et pour laquelle il avait exigé et obtenu une forte rançon. Peut-être après avoir remboursé la rançon pourrait-il avoir sa place dans les gradins de la fête. Mais de là à se proposer comme maître des cérémonies, disons que pour le moins la proposition relève, puisqu'il faut rester poli, d'une extraordinaire candeur.

12. Pour ma part, si l'Etat français n'a pas au moins manifesté son intention de rembourser la Dette de l'Indépendance par delà toutes les finasseries et jongleries juridiques dont il pourrait se prévaloir pour ne pas faire ce geste historique qui l'honorera, j'estime que nous devions faire un appel collectif au peuple français par delà ses dirigeants pour obtenir réparations, avant d'envisager d'autres actions positives pour atteindre notre but.

13. Il va de soi que je rejoins en substance la position du Français Jean Raspail (article No 2). Il s'est toujours trouvé au moins un Juste de la France, pour sauver le renom et le rayonnement de ce pays des feux de Gomorrhe. Mon ami André Rivière en était un. Il y en a eu d'autres. Peuple haïtien, ne croyez surtout que tous les philistins, Gribouilles et Tartarins de l'Hexagone qui souvent font et disent n'importe quoi dans notre pays représentent vraiment la France. De même que Clinton n'est pas l'Amérique.

14. La bataille pour une réparation par la France des torts immenses qu'elle nous a causée dans le passé est une des batailles essentielles que doivent mener tous les Haïtiens dignes de ce nom. Arrêtons de pleurer sur notre "échec". Loin d'avoir échoué, nous pouvons et devons dire que n'importe quel autre peuple, n'importe quelle autre nation qui aurait été comme nous en butte à l'hostilité, aux perpétuel es agressions, aux perpétuels brigandages des grands prédateurs internationaux, aurait déjà été effacé de la surface de la terre. Nous avons survécu, c'est beaucoup; c'est énorme. Nous sommes, je l'ai déjà dit, un miracle biologique. Sortant d'une arène où, seul contre les lions, les tigres et autres fauves l'Haïtien a survécu, si, comme Ruy Blas, il est encore "plus délabré que Job", rien, absolument rien ne doit l'empêcher. après cet exploit, d'être, en face de tous ceux qui avaient juré sa perte "Plus fier que Bragance."

Gérard Bissainthe
20 avril 2003


Christiane Taubira demande au Premier Ministre
de restituer à Haïti la rançon qui a été versée à la France

 

hristiane Taubira, Députée de Guyane, appelle l'attention de Monsieur le Premier Ministre sur la date du 1er janvier 2004, jour anniversaire de l'indépendance de la République d'Haïti. Elle demande que, par un acte de grandeur la France, en cette occasion solennelle, convienne que ses relations bilatérales avec Haïti, conçues dans l'injustice et l'arbitraire, doivent être rétablies dans l'esprit de vérité et de justice qui a présidé à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage comme crime contre l'humanité par la loi du 10 mai 2001.

La République d'Haïti est proclamée le 1er janvier 1804 par le Général en Chef Jean Jacques Dessalines, au terme de l'insurrection commencée en 1791 sous le commandement de Toussaint Louverture, ayant abouti à la reconnaissance par la France de l'abolition de l'esclavage en 1794. Cette insurrection était celle des hommes libres de la colonie de Saint-Domingue, farouchement opposés au rétablissement de l'esclavage décidé en 1802 par Napoléon Bonaparte. Toussaint Louverture, trahi par le Général Leclerc, est déporté au Fort de Joux, dans le Jura en Franche-Comté, où il meurt deux ans plus tard. Ses Généraux, Maurepas, Dessalines, Pétion, Christophe… poursuivent la guerre contre le Général Leclerc puis contre le Général Rochambeau.

Victorieux, regroupés sur la moitié ouest de l'île, ils proclament une République dont la Constitution contient des clauses de fraternité et de liberté à l'égard de tous ceux qui choisiraient de résider en Haïti. En France, la monarchie restaurée promulgue le 17 avril 1825 une ordonnance royale imposant à l'ancienne colonie, sous la menace de la flotte de guerre dépêchée par Charles X et mouillant dans la rade de Port au Prince, le règlement d'une dette de réparation décidée unilatéralement par le roi de France.

Ce tribut à la liberté et à la dignité conquises de haute lutte par les citoyens haïtiens est officiellement justifié par un prétendu préjudice subi par les colons dépossédés des terres qu'ils s'étaient appropriées et dont les intérêts économiques auraient été sacrifiés par l'indépendance. Selon cet acte unilatéral « les habitants actuels de la partie occidentale de l'Île de Saint-Domingue verseront à la Caisse Générale de Consignation de France, en cinq termes égaux, d'année en année, le premier échéant le 31 décembre 1825, la somme de cent cinquante millions de francs, destinée à dédommager les anciens colons qui réclameront une indemnité ». Le montant du tribut est ramené à 90 millions de francs germinal par le gouvernement de Louis Philippe 1er. Cette somme correspond à six années de recettes budgétaires de l'État Haïtien. Doutant probablement elle-même de la validité d'un engagement ainsi contracté, la monarchie française fera consolider cette obligation dans le traité financier du 12 février 1838, qui sera signé en même temps qu'un traité politique où la France reconnaît en la République d'Haïti un État libre, souverain et indépendant. Le traité financier fixera le solde de l'indemnité à soixante millions de francs payables selon un échéancier progressif sur soixante ans.

L'engagement sera totalement honoré par le jeune État haïtien qui, en 1883, versera jusqu'au dernier sou. Le service de la dette grève prématurément le budget de l'État qui recourt à de coûteux emprunts auprès de banques françaises et à la levée de lourdes impositions sur la paysannerie haïtienne.

Par ailleurs, l'effort national demandé par la France s'exécute sur le plan intérieur par des mesures de police et la répression du vagabondage inscrit dans le code rural du 6 mai 1826 pour contraindre les paysans haïtiens au travail et à l'impôt. Aujourd'hui, Haïti est l'un des pays les plus pauvres de la planète. L'espérance de vie n'atteint pas quarante-sept ans. La population est aux deux tiers analphabète. On y compte un médecin pour dix mille habitants. Plus d'un million de Haïtiens ont dû rechercher la survie dans un exil incertain.

Mme Taubira

La dette de décolonisation payée à la France n'est pas la seule cause des retards économiques et sociaux d'Haïti. Mais il est incontestable qu'elle a constitué une ponction financière considérable, handicapant et limitant durablement l'accumulation de capital et la modernisation de l'appareil productif, tout en contribuant, par ces versements à l'accumulation du capital en Europe que la colonie la plus productive du monde, alors appelée perle des Antilles, avait déjà stimulé dès le dix-huitième siècle.

De l'esclavage, il n'est pas de réparation possible. Ce crime n'est pas de ceux que l'on évalue. Mais lorsque, comme dans ce cas, sa récompense a été mesurée, il est juste de restituer l'intolérable indu.

Christiane Taubira demande au Premier Ministre de faire procéder, au nom du Gouvernement français, à l'abrogation du traité du 18 février 1838 et à la restitution du tribut versé. L'équivalent de six années de recettes budgétaires de l'Etat haïtien pourrait servir de base d'évaluation. Cet acte de restitution devrait participer d'un nouvel élan dans l'environnement régional et culturel d'Haïti. Les sommes versées pourraient abonder un fonds d'intervention faisant priorité à l'Education, la Santé, le Logement. Ce fonds serait confié à des représentants de la société civile haïtienne, d'organisations non gouvernementales déjà implantées en ce pays, de personnalités qualifiées haïtiennes et françaises et de Délégués des deux États. Au regard de sa forte contribution au paiement de la dette et de sa place aujourd'hui encore dans la sociologie haïtienne, la paysannerie en serait parmi les principaux bénéficiaires. Les jeunes et leurs besoins en éducation et en formation étant un public prioritaire. L'émancipation des femmes étant une nécessité et une exigence. Par ce geste accompli le jour où tous les Républicains du monde commémoreront le bicentenaire de la République d'Haïti, première République Noire au monde, la République française renouera avec ses ambitions universelles, porteuses du message de la Liberté, de la Justice et de la Fraternité.

Ce 30 Décembre 2002.

Christiane TAUBIRA