Nous savons ce qui s'est passé ici

Le colloque international sur la Restitution et le Développement s'est ouvert le lundi 13 octobre au Palais National par le Président de la République, Son Excellence, Jean-Bertrand Aristide, en présence de nombreuses personnalités nationales et internationales. C'est sous le signe de la concertation que le Chef de l'Etat a placé la démarche d'Haïti consistant à réclamer de la France la restitution de la dette de l'indépendance.

Dans ses propos liminaires, le Président de la République a rappelé une page douloureuse de la vie du peuple algérien quand, le 4 juin 1958, le Général de Gaule s'est retrouvé à Alger face à plusieurs milliers d'algérois. « Je vous ai compris » leur disait le Général de Gaule. Face à un profond silence, il ajoutait : « je sais ce qui s'est passé ici ». Sur ce, le Président Aristide a renchéri : « effectivement, il le savait comme nous autres nous savons ce qui s'est passé en Haïti. « Nous autres Haïtiens, amis français et amis américains, ici présents nous pouvons nous comprendre, car nous savons ce qui s'est passé ici : il y eut l'esclavage » a affirmé le Premier Mandataire de la nation.

Dans le dossier de la restitution, le Président de la République a écarté tout discours haineux pour aborder la problématique sous l'angle de la concertation. Après les propos d'introduction du Chef de l'Etat, un dialogue fructueux s'est engagé entre les principaux intervenants sur différents aspects de la traite négrière à Saint-Domingue.

Claude Ribbe: un devoir de mémoire pour la France

L'écrivain philosophe, Claude Ribbe, invité d'honneur, avec une argumentation historiquement documentée a fait d'importantes révélations. Il a ainsi éclairé tout un pan de l'histoire d'Haïti, ignoré par bon nombre d'intellectuels français. « Entre 1801 et 1803, il s'est produit un génocide, car il a été décidé méthodiquement de détruire le peuple haïtien », a-t-il dit. Cette tranche d'histoire a été rapportée par des marins qui ont préféré se noyer au lieu d'obéir à un ordre inique. Leclerc, dans ses lettres à Bonaparte, n'écrivait-il pas qu'il fallait détruire tous les nègres ?

Plus loin, il a invité la France à un devoir de mémoire. La restitution réclamée par Haïti s'inscrit dans le contexte de génocide et de double crime contre l'humanité. « Il est temps que la France, qui, depuis 200 ans, a amputé ses manuels scolaires de cette sombre page d'histoire, il est temps que la France s'en souvienne…Il a formulé le voeu que le Président français, Jacques Chirac, se rende en Haïti pour constater lui-même et non par oui dire ce qui s'y passe », a insisté l'écrivain Claude Ribbe.

Les interventions des autres participants, en particulier celles du Docteur Francis Saint-Hubert et de Charles Tardieu, étaient riches en enseignement. Ils reconnaissent tous que la France a causé du tort à Haïti, en lui imposant le paiement d'une indemnité aussi lourde pour une jeune nation. Monsieur Saint-Hubert a insisté sur le fait que « si on avait déposé l'équivalent de 500 millions de dollars dans une banque, au taux d'intérêt de 7,5 %, la valeur cumulée en 2003 représenterait près de 4 mille milliards de dollars américains ».

M Pierre BICHOT

Le mercredi 15 octobre, la Salle des Bustes du Palais National était transformée en un haut lieu de mémoire en accueillant les oeuvres picturales et sculpturales de 200, des artistes participant au concours sur la Restitution et la Réparation.

Cette exposition et la présence de plus de 600 artistes, poètes, écrivains et musiciens au Palais National, ont coïncidé avec la clôture du colloque international sur la Restitution et le Développement. Deux activités dans le cadre d'une seule et même démarche visant à porter la France à restituer à Haïti le montant (valeur actuelle) de la dette de l'indépendance.

Ce mercredi 15 octobre a revêtu un caractère particulier en raison du 9ème anniversaire du retour en Haïti du Président Aristide dans le contexte de la normalité démocratique, après le coup d'état sanglant du 30 septembre 1991. « Si le 15 octobre l'impossible est devenu possible ; s'agissant de la restitution, l'impossible sera rendu possible », a affirmé le Chef de l'Etat. Dans ce nouveau combat, le Président Aristide a prôné l'unité, la concertation et la mobilisation pacifique pour obtenir gain de cause.

Reprenant l'image de l'oeuf réintroduit dans le ventre de la poule, le Chef de l'Etat a rappelé que le premier des oiseaux, l'archaeoptéryx, a vécu près de 140 millions d'années tout en formulant le voeu que « par la restitution on continue de parler d'Haïti » pendant autant d'années. Par la même occasion, le Chef de l'Etat a remercié tous les artistes qui ont participé au concours.

Les avocats, de leur côté, ont affirmé qu'ils sont à la phase d'étude du dossier. Ils ont ajouté que les difficultés auxquelles ils pourraient être confrontés ont été identifiées. Maître Pierre Bichot, a, en particulier, étudié la question au regard des législations internationales et de la jurisprudence en matière de restitution.

Clôture: la restitution possible

 

Dans une synthèse générale, le Ministre des Haïtiens Vivant à l'Etranger, l'Architecte Lesly Voltaire, a indiqué que les participants ont souhaité la collaboration de cabinets d'avocats haïtiens. Ils suggèrent également la création d'associations mixtes, composées de membres de la Société Civile et du secteur étatique. L'idée d'organiser des colloques de sensibilisation à l'étranger est largement partagée par les participants, a fait remarquer le Ministre Voltaire.

 

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